BangBang : bangbangblog.com

L'enragée Blanche

L’intimidée que j’étais.

Isabelle Gagnon
1 décembre 2011

C’est sans doute une goutte d’eau dans l’Univers, mais bon, si ça peut aider quelqu’un, une amie m’a fortement conseillée de raconter (un peu) mon histoire. La voici, présentée le plus humblement du monde.

Comme plusieurs autres personnes, j’ai beaucoup souffert d’intimidation. Dans mon cas, ça a commencé au primaire et ça a continué pendant mon secondaire. Grosse truie était mon nom. On ne peut pas dire que j’aimais ça, non.

Dans mon cas, je crois qu’une personne en particulier est responsable des malheurs que je subissais à cette époque. Je crois aussi que le fait d’avoir grandi dans un village, où ma classe se résumait à une quinzaine d’élèves n’a pas aidé ma cause. Grandir en région, où l’on a peu de choix d’avenir de même qu’un choix très limité d’amis, c’est vraiment difficile quand tu es l’exclue du groupe. Le pire, c’est que pendant mon primaire, les jours où je pouvais jouer avec les autres, je prenais un malin plaisir à parler contre les autres. J’étais, l’espace d’un moment, du côté des cool et je voulais y rester. Ça ne durait jamais bien longtemps.

Quand je suis arrivée au secondaire, je croyais que mes malheurs étaient terminés. Quel bonheur que de faire de nouvelles rencontres et de se faire de nouvelles amies. Or, mon bourreau m’a rattrapée en allant voir ces nouvelles amies et en leur disant que j’étais vraiment une conne et qu’elles ne devaient pas être mes amies.

Y’a rien de plus difficile pour une adolescente que de se faire appeler par ses amies et se faire dire qu’elle ne peut plus se tenir avec elles. « Isabelle, on aimerait mieux que tu ne te tiennes plus avec nous. Bye. » Et voilà, une autre journée où Isabelle rentre à la maison en pleurant et où sa mère se demande encore quoi faire pour que ça cesse. Je ne voulais pas que mes parents aille voir les parents de la personne en question, j’avais tellement peur que ça ne fasse qu’empirer les choses. J’avais quand même 1h30 d’autobus à faire avec ces gens détestables à chaque jour.

Ma vie a changé vers le milieu du secondaire et particulièrement au Cégep. L’influence de cette personne se faisait moins sentir et j’avais réussi à me faire de véritables nouveaux amis. N’empêche, j’ai réellement pris mon envol quand j’ai quitté ma petite ville pour partir un an en Europe à l’âge de dix-neuf ans. Ce voyage m’a fait rencontrer un paquet de gens plus extraordinaires les uns que les autres. Je me rendais enfin compte que le monde ne se limitait pas seulement qu’à ma foutue ville que je détestais ardemment.

Avec les années, certains et certaines se sont excusés et je les en remercie. Reste que la personne qui m’a causé le plus de tort ne s’est jamais excusée et ne le fera sans doute jamais. Cette personne, malgré son jeune âge à l’époque, a causé des dommages irréparables et non, ce n’était pas la faute de mes parents ou de moi. C’était la sienne, vraiment.

Dans cette histoire, j’aimerais remercier toutes les personnes, la soeur de l’autre et des membres de ma famille, entre autres, qui m’ont acceptée, aimée et soutenue pendant mon enfance et mon adolescence. Sans vous, je ne serais peut-être plus là aujourd’hui. J’ai trente ans aujourd’hui et je peux dire que ça fait un peu plus d’une dizaine d’années que je vais bien. Je comprends Marjorie, mais n’allez pas aussi loin. Un jour, de réelles belles choses finissent par nous arriver et on devient quelqu’un de plus fort.

4 commentaires
  • Mireille
    1 décembre 2011

    Vraiment un très beau témoignage Isa. Ton amie a bien fait de t’encourager à le faire.
    J’adore ton style d’écriture et je trouve très intéressant de voir la dimension humaine que tu apportes à cette expérience d’intimidation.
    Ça arrive, on s’en sort, mais ça laisse des marques à tout jamais.

  • Stéphane
    1 décembre 2011

    Oui, merci Isabelle pour ce beau témoignage! C’est fou à quel point on sous-estime l’importance des séquelles psychologiques que peut laisser l’intimidation à l’école. Certains diront que ça fait partie des réalités des groupes d’enfants/de jeunes, mais je crois qu’il ne faut pas accepter cela!

  • Mike Savard
    1 décembre 2011

    Bien dit! C’est drôle de revoir ceux qui faisaient chier le monde au secondaire et de constater qu’ils sont presque tous devenus des ratés…

    À l’adolescence, on manque de perspective et certaines attaques peuvent signifier la fin du monde. Les plus vieux, ceux qui sont aussi passés par là, doivent montrer à ces jeunes que c’est un bout rough mais que l’avenir va leur donner raison, et qu’eux aussi, quelques années plus tard, ils riront en constatant à quel point leurs tortionnaires sont demeurés de pauvres minables.

  • Marilyn
    1 décembre 2011

    Je suis bien contente que tu aies écris sur cette période. Je suis la petite soeur d’Isabelle et j’ai vécu la même chose qu’elle. Mes intimidateurs était les petits frères de ceux de ma soeur. Ils voulaient les imiter… Heureusement pour moi, ils ont arrêtés au début du secondaire alors ça s’est arrangé plus vite pour moi. Je conserve quand même de très mauvais souvenir comme de m’être fait voler mes souliers. Je me souviens que ma mère m’aidait à trouver des noms à leur dire en échange de ceux qu’ils m’adressaient méchamment. Elle a vraiment essayé de m’aider. J’ai également quitter mon village, ce qui m’a beaucoup libéré et m’a permis de comprendre que ces 3 personnes n’avaient pas la vérité absolue. Le petit frère d’un des gars ne s’est pas excusé non plus, mais il est devenu très agréable de le croiser par hasard et de lui dire bonjour. Il est toujours beaucoup plus content de me voir que moi de le voir. C’est peut-être sa façon de se racheter. Je comprends également Marjorie car je me souviens d’avoir été très découragée et que je ne voyais pas la fin de tout ça. Quand tu es jeune, c’est très difficile de se projeter dans le futur. Comme dirait ma grande soeur, il finit en effet par nous arriver de belles choses.

L'enragée Blanche

Isabelle Gagnon

Environnement, musique et beaucoup, beaucoup d'autres affaires...

Pourquoi est-elle enragée ?

RUBRIQUES